Perle Abbrugiati Un’idea di Goldoni. L’illusione di un realista, Aix-en-Provence, Presses Universitaires de Provence, 2014, 178 pages, 9 euros

 

Perle Abbrugiati signe un ouvrage aux Presses Universitaires de Provence (Aix-Marseille, 2014) intitulé Un’idea di Goldoni. L’illusione di un realista, dont on ne peut que regretter que sa lecture ne soit pas offertes aux non-italophones.

Le livre est destiné en premier lieu aux étudiants italianistes (Goldoni a été durant deux ans au programme des concours du CAPES et de l’Agrégation), mais il pourrait tout aussi bien être traduit et proposé à des lecteurs français comme petit ouvrage de référence particulièrement utile, au même titre que certaines présentations soignées accompagnant la traduction de comédies (par exemple Arlequin Serviteur de deux maîtres par Françoise Decroisette dans la collection Petits classiques Larousse, 2007).

Les lecteurs ont ici à leur disposition un outil double : le rappel du contexte de production dans lequel s’inscrit la carrière de Goldoni et l’analyse détaillée et fine de trois de ses comédies : Il teatro comico (Le Théâtre comique), comédie métathéâtrale ; La bottega del caffè (Le Café), comédie de milieu ; La locandiera (La Locandiera), comédie de caractère (les définitions de genre sont de l’auteure).

La qualité pédagogique de l’organisation de l’ouvrage (sous-parties bien définies, introductions et conclusions internes, schémas dramaturgiques des pièces, approfondissement des aspects importants de chacune) rend clair et agréable l’exposé. Le parcours analytique a pour pivot, démonstration à l’appui, la dialectique de la réalité et de l’illusion. Cette dialectique, sous l’angle de laquelle est placé l’ouvrage, se manifeste dans l’aspect allégorique de Il teatro comico, dans la résistance à la morale bourgeoise pour La bottega del caffè et à travers le jeu de la séduction et de la liberté dans La locandiera.

Bien qu’il ne comporte aucune bibliographie ni aucune note à caractère scientifique (l’une et l’autre auraient pourtant été fort utiles aux lecteurs, y compris étudiants, désireux d’approfondir la question), le texte critique dénote une connaissance nourrie des études goldoniennes.

La partie initiale portant sur l’histoire de la Commedia dell’Arte n’échappe pas à quelques stéréotypes, mais elle offre un point de départ non négligeable pour la compréhension de la réforme du théâtre italien entreprise par Goldoni. On regrettera peut-être l’absence d’une section présentant les positions théoriques du dramaturge (celles qui sont consignées dans les paratextes importants des éditions goldoniennes), et celle d’une présentation plus précise de l’organisation des théâtres à Venise au temps de Goldoni (théâtre « marchand », rivalités et polémiques, troupes en présence, acteurs pour lesquels sont écrits les rôles). Par ailleurs, une attention plus grande pouvait être accordée à la période de la maturité et aux grandes réalisations de Goldoni au théâtre de San Luca. Mais ces lacunes, qui ne concernent que l’introduction aux textes, n’enlèvent rien à la qualité générale du discours, ni à la pertinence de l’analyse des trois comédies qui constituent l’objet principal de l’ouvrage.

Le pari de Perle Abbrugiati est donc gagné : mettre au jour, à travers trois exemples fondamentaux, un Goldoni complexe, attentif aux injonctions contradictoires de la raison et du désir, pointer du doigt la façon dont son théâtre, genre de l’illusion par excellence, part de la réalité pour en suggérer les masques et définir Goldoni comme un réaliste « qui sans cesse réfléchit à l’illusion qui habite l’homme ».

Lucie Comparini