On oublie trop souvent que le vénitien Carlo Goldoni a passé la moitié de sa vie d’adulte à Paris, qu’il a écrit deux pièces en français jouées de son vivant par la troupe de la Comédie française et que ses mémoires ont été rédigés également en français à Paris au soir d’une longue vie de réformateur, de génie et d’expérimentateur théâtral européen… D’une certaine façon, en acceptant l’invitation à venir à Paris, il cherche à renouveler le répertoire pluridisciplinaire de la Comédie Italienne.

Goldoni est le dernier d’une longue série d’artistes italiens venus réjouir le public parisien de l’ancienne France, mais il est le seul à être un écrivain à part entière, ses prédécesseurs ayant été plutôt, depuis leur introduction par Catherine de Médicis, des acteurs et des musiciens… Outre ses œuvres écrites en français (une multitude de “scenarii” rédigés pour les acteurs de Paris qui improvisaient et avaient, à cause de leur succès, besoin de nouvelle matière théâtrale très régulièrement), Goldoni continue à écrire depuis Paris des comédies en italien destinées à ses acteurs vénitiens, en particulier “La trilogie de Zélinde et Lindor” qui réjouira plus tard le jeune Stendhal jusqu’à l’inspirer pour écrire “De l’amour” et dont Musset ne peut pas ne pas avoir eu connaissance… C’est dire à quel point le Goldoni français a sa place dans l’histoire de notre littérature !

Depuis 1992 l’association “Goldoni Européen” a travaillé à faire connaître les parties les moins connues de l’œuvre, en particulier cette partie française sous estimée encore par certains. “Goldoni en France” prend aujourd’hui le relais de ce travail militant en associant gens de théâtre, traducteurs et chercheurs afin de permette de faire avancer la connaissance du plus français des écrivains italiens et de la rendre publique, tout en donnant des informations sur les nouvelles traductions et mises-en-scène goldoniennes en France.