Hommage à Myriam Tanant

Depuis le 12 février, le monde des italianistes et des études théâtrales est en deuil, et avec lui notre association Goldoni-en-France. Après Valéria Tasca à qui nous rendions hommage il y a presque deux ans, nous perdons avec Myriam Tanant l’un de nos plus chers et plus solides piliers.

Agrégée d’italien, docteur d’Etat, professeur en études italiennes et études théâtrales à l’université Paris 3, Myriam Tanant était une enseignante hors pair. Elle savait comme personne motiver son auditoire, qu’il soit composé d’étudiants ou de collègues. Ceux qui ont eu le privilège de l’entendre dans un séminaire ou un colloque, en France, en Italie ou ailleurs, se souviendront longtemps de la manière simple et tous ensemble enfiévrée avec laquelle elle captait l’attention et soulevait les questionnements.

Admiration est, pour ma part, le mot qui me vient à l’esprit quand je pense à elle. Mais aussi reconnaissance pour tout ce qu’elle a apporté de nouveau et de riches aux champs d’études –le théâtre, l’opéra, la traduction- que nous partagions depuis de nombreuses années. Une reconnaissance infinie, qui ne s’éteindra jamais comme le théâtre qu’elle chérissait tant et qu’elle a servi de multiples façons avec ce mélange subtil de charme et de fermeté qui restait sa marque, malgré les épreuves.

Elle l’a servi comme enseignante et comme directrice de recherches, mais aussi, et c’est ce qui faisait sa valeur incomparable, comme praticienne et créatrice. Sa thèse porte d’ailleurs un titre emblématique qui a déterminé la démarche croisée de chercheuse et de femme de théâtre qu’elle a suivie tout au long de sa carrière : « La prova infinita : Giorgio Strehler entre pratique et recherche théâtrale ».

Allier ainsi pratique, enseignement et recherche est un choix, qui dans les années 70 où elle entamait cette réflexion, n’était guère évident à l’université; elle a su l’imposer avec élégance et ténacité, enrichissant continument son enseignement et sa recherche par une pratique diversifiée. Ainsi, elle fut l’assistante de Giorgio Strehler pendant plus de dix ans à l’Odéon, elle travailla comme dramaturge et traductrice aux côtés de Jean Claude Penchenat et de la troupe du Campagnol, à qui elle a révélé des comédies peu connues de Goldoni, et pour qui elle avait aussi développé son écriture d’auteur. Toujours comme traductrice et dramaturge elle a été associée à Alain Françon pour la nouvelle Trilogie de la villégiature donnée à La Comédie-Française en 2012, et encore dernièrement, quoiqu’affaiblie, elle travaillait avec toujours le même enthousiasme à la nouvelle traduction de la Locandiera qu’il met en scène au printemps prochain dans ce même théâtre.

Goldoni surtout qu’elle a même adapté pour la scène lyrique, mais aussi Pirandello, Svevo, doivent beaucoup à tous ces talents conjugués. Sans oublier celui qui peut-être traduit le mieux son élégance et sa sensibilité, Mozart, qu’elle a souvent mis en scène, à Lyon ou à Paris. Avec de jeunes chanteurs ou une chanteuse confirmée comme Nathalie Dessay, mais toujours pour nous enchanter.

Françoise Decroisette, 13 mars 2018